Il est de ceux qui rêvent

Publié le par l'opium du peuple


Andrew fît un rêve.
Il se voyait dans un monde impalpable, étrange. Mais aussi étrange qu’il était, il demeurait réel. Il semblait réel, aussi vrai que nature. Andrew eût même une sensation de déjà-vu… Juste une impression. Il marchait dans une rue sombre, étroite et biscornue. D’autres personnes étaient dans cette rue. Il ralentît le pas, observa, regarda attentivement les individus qui l’entouraient. Toutes ces personnes se ressemblaient, au moindre détail près: même visage, même coiffure, même vêtement. En fait, « même visage » n’était pas le terme exact qu’il fallait emprunter car ils n’avaient pas de visage, juste des yeux. Un visage sans oreilles, sans nez, sans bouche. Ils portaient tous un costume noir. Leur stature était imposante, leur personnalité semblait forte et la force qui émanait d’eux semblait infinie. Ils inspiraient le respect. Andrew se sentît ridiculement petit, insignifiant face à ces créatures. Leurs regards dominateurs surplombaient le pauvre Andrew. Qui étaient-ils?
Puis, des murmures se firent entendre: « Qu’est-ce que cet homme fait ici ? Il n’est pas comme nous ? S’il n’est pas comme nous, alors il n’a pas sa place ici, chassez-le ». Tous les regards se tournèrent vers Andrew. Une atmosphère menaçante se referma lentement sur lui. Il n’était plus qu’un objet ridicule tenu dans un étau. Un étau qui l’écrasait, l’étouffait. Un loup dans une bergerie, voilà ce qu’il était. Sauf que les loups, c’était eux. Les personnes « sans visages » le suivirent, puis l’entourèrent. Andrew voulût dire quelque chose, mais aucun mot ne sortît de sa bouche. Les « sans visages » levèrent leur poing et frappèrent Andrew. Il ferma les yeux. Andrew se trouvait maintenant dans un autre endroit, une petite salle dépourvue d’éclairage. Il n’y avait pas de fenêtre, seul une porte en métal ornait les murs. Andrew était attaché sur une chaise et des haut-parleurs diffusaient en continue des discours froids et brefs dans toute la pièce: « Que faites vous ici ? Vous n’avez pas votre place ici. Vous êtes différent de nous et qui dit différent, dit forcément inexistant. Vous n’êtes pas conforme, restez enfermé, restez caché, restez… Andrew ouvrît les yeux. Ce n’était qu’un cauchemar. Non… Oui… Il ne  savait plus. Il savait que la force d’un rêve reste longtemps imprimée après le réveil. Si celui-ci était bien un rêve, ce dernier ne le quittera plus. Des images vagabondaient au-dessus de sa tête. Il se rappelait de dates, de lieux, d’événements. Il est de la couleur de ceux qu’on juge comme inférieur. 1980... Johannesburg. Il était chez lui, sur ses terres et on l’avait mis en garde à vue. Il s’était assis sur un banc réservé aux blancs. Ainsi, le cauchemar, l’absurdité a toujours surpassé l’espoir. Que croyez-vous, ne rêvons pas. La bêtise n’a qu’un seul monde, celui auquel nous appartenons. Espérant oublier ce triste et humiliant moment, Andrew se rendormît, mais le
réconfort ne vînt pas.
Il n’attendait plus que la Mort. Seule la Mort demeurait encore juste à ses yeux. Elle ne choisît pas selon des critères raciaux, politiques ou sociaux. La Mort ne
choisît pas de boucs émissaires à ses malheurs. Face à la Mort, l’égalité demeure.
Nous y passerons tous.


Auteur: Alexandre



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Publié dans Nouvelles-SF

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